Criques sauvages de Minorque : lesquelles et comment y aller

Le Camí de Cavalls au-dessus d'une crique sauvage de Minorque

Les criques sauvages de Minorque sont celles qui sont restées à l'écart du bitume : sans buvette, sans front de mer, sans un seul bâtiment en vue, bien souvent sans même une route qui les effleure. Elles sont réparties sur les deux côtes de l'île, nord et sud, et presque toutes ont un point commun : pour y arriver, il faut marcher un bon moment sur le Camí de Cavalls ou entrer par la mer. C'est justement ce qui les a sauvées de la surfréquentation.

Dans ce guide, je te raconte lesquelles ce sont, ce qui les rend vraiment sauvages, comment on accède à chacune et, surtout, comment en profiter sans les abîmer, car avec ce type de crique c'est la moitié de l'histoire. Je l'écris depuis Es Canutells, sur la côte sud, où j'ai le llaüt et d'où je vois une bonne partie de ce littoral chaque saison.

Ce qui fait qu'une crique est sauvage

« Sauvage » se dit avec beaucoup de légèreté dans les brochures, alors il vaut mieux le préciser. Une crique sauvage de Minorque n'est pas seulement une jolie crique : c'est une crique sans aménagement et sans services. Ni bar, ni kiosque, ni douches, ni toilettes, ni surveillant de baignade, ni poubelles. Dans bien des cas, aucune route n'y mène, et la voiture reste loin ou n'entre tout simplement pas.

Il y a trois raisons pour lesquelles Minorque en conserve autant. La première est la Réserve de Biosphère déclarée par l'Unesco en 1993, qui a freiné le béton quand d'autres îles étaient déjà construites jusqu'au rivage. La deuxième est le Camí de Cavalls, le sentier historique de 185 kilomètres qui fait le tour de toute l'île : grâce à lui, on accède à pied à des criques qui seraient autrement inatteignables, mais cette marche fait aussi office de filtre. Et la troisième, ce sont les espaces naturels protégés —le Parc Natural de s'Albufera des Grau, la Réserve Marine du nord et un bon nombre d'ANEI (aires naturelles d'intérêt particulier)— où il est interdit de construire.

Le résultat est une île aux dizaines de plages de sable dans un état presque sauvage. Ce n'est pas qu'elles soient cachées : elles figurent sur les cartes. Le fait est qu'y arriver demande un effort, et ce petit effort préserve l'ambiance.

Les criques sauvages du sud

Le sud de Minorque, c'est la côte du sable blanc et de l'eau turquoise. Ici, les criques sont l'embouchure d'un ravin : un torrent à sec qui descend entre des parois de calcaire, avec la pinède jusqu'à presque le rivage, et qui débouche sur une plage de sable clair. L'eau prend des tons turquoise parce que le fond est de sable fin.

Les criques sauvages du sud se concentrent sur le tronçon central, celui du Migjorn, où il n'y a pas de pôles touristiques. Certaines ont un accès en voiture restreint en été ; d'autres, aucun.

Cala Escorxada en est l'exemple type. Elle se trouve à Es Migjorn Gran, entre Cala Trebalúger et Sant Tomàs, et elle est restée la même qu'il y a cinquante ans : sans route, sans un seul bâtiment. On y accède uniquement à pied par le Camí de Cavalls, entre une heure et demie et deux heures de marche, ou par la mer. Sa voisine immédiate, Cala Fustam, est encore plus reculée.

Cala Binigaus, également à Es Migjorn Gran, est une longue plage de sable clair à l'ouest de Sant Tomàs. Elle n'a pas d'accès en voiture jusqu'au sable : on descend à pied en une quinzaine à une vingtaine de minutes. Derrière s'ouvre le Barranc de Binigaus, l'un des plus spectaculaires de l'île.

Au sud-ouest, sur le territoire de Ciutadella, se trouvent les grandes connues qui résistent encore comme sauvages : Son Saura, Es Talaier et Cala Turqueta. Ce sont des plages protégées, aux eaux peu profondes et tranquilles, avec un parking payant qui se remplit tôt en juillet et août. Sauvages par le paysage, oui, mais les plus visitées du groupe précisément à cause de leur renommée.

Tu as le reste du littoral sud organisé, crique par crique, dans le guide des criques du sud de Minorque.

Les criques sauvages du nord

Le nord, c'est une autre Minorque. Ici, la roche change de couleur : apparaissent les tons rougeâtres et ferrugineux, le sable tire sur l'ocre ou le doré, et le paysage est plus rude, avec moins de pinède et plus de garrigue. C'est la côte de la Tramuntana, le vent du nord qui souffle fort et qui conditionne tout : quand on peut se baigner tranquille, quand un bateau peut mouiller et quand il vaut mieux rester au sud.

Une bonne partie du nord se trouve à l'intérieur d'espaces protégés, si bien que la concentration de criques sauvages y est très élevée.

Cala Pregonda, sur le territoire d'Es Mercadal, est la plus emblématique du nord. De sable rougeâtre, avec des îlots de roche émergeant de l'eau —l'Escull de Pregonda— et un air presque martien. Elle n'a pas d'accès en voiture : on y arrive à pied au terme d'une marche d'environ deux kilomètres sans ombre, ou par la mer. Sa voisine, Cala Pregondó, est encore plus retirée. Toutes deux se trouvent à l'intérieur de la Réserve Marine du nord.

Dans la zone de Favàritx, à l'intérieur du Parc Natural de s'Albufera des Grau, se trouvent Cala Tortuga et Cala Presili, deux plages sauvages au paysage austère —Presili a cette ardoise sombre si caractéristique— auxquelles on descend à pied depuis le parking du phare. Plus au sud, vers Es Grau, la côte devient vraiment reculée : Cala Pudent, la plage de Mongofre ou Cala Morella ne s'atteignent que par le Camí de Cavalls ou par l'eau, et face à Es Grau se trouve l'Illa d'en Colom, la plus grande île du littoral minorquin, inhabitée et accessible uniquement par la mer.

Le parcours complet du nord, avec l'avertissement sur la Tramuntana et les règles de chaque espace protégé, se trouve dans le guide des criques du nord de Minorque.

Comment accéder à une crique sauvage

Par définition, on n'accède pas confortablement à une crique sauvage. Il y a trois voies, et il vaut mieux savoir ce que chacune demande.

À pied par le Camí de Cavalls. C'est la manière classique et, pour bien des criques, la seule par voie de terre. Le sentier fait le tour de toute l'île en 20 étapes balisées, et c'est de lui que partent les embranchements qui descendent vers les criques. Les marches vont de 15 minutes pour les plus accessibles aux deux bonnes heures pour les plus reculées. C'est un terrain irrégulier, avec des montées, des descentes et peu d'ombre dans les parties hautes. Chaussures fermées, de l'eau en quantité, casquette et crème : il n'y a ni fontaine ni bar en chemin.

En voiture. Cela fonctionne pour une partie des criques du sud-ouest (Turqueta, Son Saura) et pour certaines du nord (la zone de Favàritx), mais avec des nuances : parkings payants qui se remplissent en milieu de matinée, barrières et navette en été —comme à Macarella— et pistes en mauvais état au nord. Tu arrives près, pas au sable, et il reste toujours une marche finale.

Par la mer. Pour les criques sans accès en voiture, le bateau est l'une des voies les plus pratiques : il t'épargne la marche et te dépose directement face à la plage, en enchaînant une crique après l'autre sans files d'attente. Maintenant, ici il faut être honnête, c'est notre façon de travailler : la mer commande. Les sorties dépendent du vent et de l'état de la mer de chaque jour, et aucune crique en particulier n'est garantie. Avec une Tramuntana forte, le nord se ferme et on cherche le sud ; avec du levant ou une houle de fond, ça peut être l'inverse. L'itinéraire se construit chaque matin en regardant le bulletin météo. Si tu veux voir comment nous concevons les sorties selon les conditions, c'est dans nos excursions en bateau à Minorque.

Comment en profiter avec respect

C'est ce qui distingue vraiment une crique sauvage d'une crique aménagée : ici, personne ne passe derrière pour ramasser ce que tu laisses. La crique reste telle qu'elle est parce que les gens qui y vont se tiennent bien. Quatre choses qu'il vaut mieux avoir en tête.

  • Ce qui entre avec toi repart avec toi. Il n'y a pas de poubelles. Tous les déchets, y compris les mégots et les restes de nourriture, redescendent avec toi. Un petit sac dans le sac à dos règle la question.
  • Prends soin de la posidonie. Ces prairies vertes que tu vois sous l'eau sont de la posidonie, une plante marine protégée qui maintient l'eau aussi propre et les fonds aussi vivants. On ne l'arrache pas et on ne la piétine pas quand elle est près du rivage, et les bateaux ne peuvent pas y jeter l'ancre : mouiller sur la posidonie est interdit et c'est surveillé par des amendes. Qui navigue avec bon sens jette l'ancre uniquement sur le sable ou utilise une bouée.
  • Respecte l'espace protégé. Beaucoup de ces criques sont dans un parc naturel ou une réserve marine. Cela implique de ne pas faire de feu, de ne pas camper là où c'est interdit, de ne pas déranger la faune et, sur les îlots protégés comme l'Illa de l'Aire ou l'Illa d'en Colom, de respecter les zones où il est interdit de débarquer ou de mouiller.
  • Va préparé, car il n'y a pas de services. Ni eau, ni ombre garantie, ni couverture réseau bien souvent. Emporte de l'eau en quantité, à manger, une protection solaire et de quoi te couvrir du soleil de midi. Télécharge les cartes avant de partir.

Aucune de ces règles n'est un caprice. Ce sont exactement celles qui ont permis à ces criques de rester ce qu'elles sont après des décennies de tourisme sur l'île.

Quand y aller

La saison de baignade à Minorque va de fin mai à octobre, avec l'eau la plus chaude entre juillet et septembre. Pour une crique sauvage, le meilleur moment est en tout début de matinée ou en milieu d'après-midi : tu évites la chaleur de midi et, surtout, tu trouves la crique plus vide. En août, même les plus reculées reçoivent des embarcations mouillées face au sable, alors se lever tôt fait la différence.

L'autre facteur, c'est le vent. Au sud, le problème est la composante sud, qui gâche le mouillage et l'entrée ; au nord, la Tramuntana. Une journée de calme ou de vent faible de la côte opposée est en or pour tout projet dans une crique sauvage, que tu y ailles à pied ou par la mer.

Si ce qui te tente, c'est de découvrir ce littoral depuis l'eau, sans marches et sans files, dis-moi ta date et nous l'organisons selon la mer de ces jours-là. Tu as les sorties et les disponibilités dans nos excursions à Minorque, et la vision de toute l'île, crique par crique, dans le guide général des criques de Minorque.

Questions fréquentes

Quelles sont les criques les plus sauvages de Minorque ? Au sud, Cala Escorxada, Cala Fustam, Cala Trebalúger et la côte de Binigaus comptent parmi les plus préservées, sans accès en voiture. Au nord se distinguent Cala Pregonda, Cala Pregondó, Cala Pudent et la plage de Mongofre. Presque toutes ne s'atteignent qu'à pied par le Camí de Cavalls ou par la mer.

Les criques sauvages de Minorque ont-elles des services ? Non. Par définition, une crique sauvage n'a ni bar, ni douches, ni toilettes, ni surveillant de baignade, ni poubelles, et beaucoup n'ont pas non plus de route d'accès. Il faut emporter de l'eau, à manger et une protection solaire, et repartir avec ses propres déchets car elles sont généralement dans des espaces protégés.

Comment accède-t-on aux criques sauvages de Minorque ? De trois façons : à pied par le Camí de Cavalls (de 15 minutes à plus de deux heures selon la crique), en voiture jusqu'à un parking proche lorsqu'il en existe un (plusieurs se remplissent tôt ou ont un accès restreint en été) ou par la mer, qui pour les criques sans accès en voiture est l'une des voies les plus commodes.

Peut-on aller en bateau aux criques sauvages ? Oui, et c'est l'une des meilleures manières de découvrir celles qui n'ont pas de route. Cela dit, l'itinéraire dépend toujours du vent et de l'état de la mer de chaque jour : aucune crique en particulier n'est garantie, et cela se décide chaque matin selon les conditions.

Pourquoi ne peut-on pas mouiller sur la posidonie ? Parce que la posidonie est une plante marine protégée qui maintient l'eau propre et les fonds vivants, et que l'ancre la détruit. Mouiller dessus est interdit dans les zones protégées des Baléares et c'est surveillé par des amendes. Les bateaux responsables mouillent uniquement sur le sable ou utilisent des bouées écologiques.

Quelle est la meilleure période pour visiter les criques sauvages ? Entre fin mai et octobre, avec l'eau la plus chaude de juillet à septembre. Pour les trouver tranquilles, mieux vaut y aller en tout début de matinée ou en milieu d'après-midi et choisir une journée sans vent fort de la côte qui donne sur la crique.

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